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Archives mensuelles : novembre 2009

Interview : Antoine Brivet

Publié le

Après dix bons jours d’interruption due à une grippe H1N1 virale tuberculeuse absolument incurable, nous voici de retour avec une nouvelle interview !

Prévu pour mi-2010 chez Ankama, Tortuga raconte les retrouvailles entre un gouverneur espagnol maître d’une frégate équipée de technologies d’avant-garde, et un ex-flibustier français, revenu d’entre les morts grâce à la magie vaudou, le tout au beau milieu de la mer des Caraïbes.

Scénarisé par Sébastien Viozat à qui l’on doit déjà “Ma Vie de Zombie” avec RaphaelB, Tortuga est dessiné par un nouveau venu dans le monde de l’édition, que l’on n’oserait qualifier de jeune dessinateur, tant il s’est escrimé sur moult projets non édités et dont le trait peut enfin s’exprimer de belle manière sur ce scénario mêlant piraterie et fantastique, Antoine Brivet.

Allons interviewer ce forban.

Illustration d'Antoine Brivet pour le projet Tortuga

- Alors Antoine,  pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs ?
Je me nomme Antoine Brivet, j’ai 29 ans, je suis né à Bourg-en-Bresse.
J’ai toujours été féru de bande-dessinée, j’ai passé de nombreuses heures à dessiner avec mon frère Matthieu étant enfant.
Après mon BAC il a fallu faire un choix, n’ayant pas le financement pour entrer dans une école privée de dessin, je me suis inscrit à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Je l’ai abandonnée au bout de 8 mois car on me faisait comprendre que la BD n’était pas un art et que je n’étais pas assez “artiste”. Ceci m’a permis de terminer ma première BD avec mon frère au scénario. J’étais fier d’avoir fait 48 planches… C’était le premier projet que j’ai présenté aux éditeurs.

J’ai donc repris un cursus normal, je suis allé à la FAC et j’ai obtenu une licence es Sciences Physiques. J’étais néanmoins toujours déterminé à dessiner mais je savais que je me formerais seul dorénavant, en autodidacte.
Maintenant je vis à Roanne, je suis professeur des écoles. Je jongle entre ma petite famille, le dessin et le boulot.

- Quel a été le déclic en matière de bande-dessinée ?

Quand j’étais petit, au cours d’un voyage de vacances, suite à un plein d’essence dans une station service, mes parents ont eu deux BD qu’ils nous ont données : Blueberry (Angel Face) et Jerry Spring (Le maître de la Sierra). C’est là que je me suis rendu compte que la BD ce n’était pas essentiellement Tintin, Asterix, Gaston… j’ai encore ces BD à couverture souple chez moi d’ailleurs. Et comme à cette époque je me rendais compte que j’avais des facilités à dessiner, je m’y suis mis !

Avec mon frère, nous nous sommes noyés dans les westerns (BD, films, playmobiles) et dans le dessin. Mon frère à toujours été une source de motivation, encore aujourd’hui.

- Quelle a été la genèse d’un projet comme Tortuga ? Est-ce que le forum Café Salé, que tu fréquentes, a joué un rôle dans le projet ?

J’ai travaillé avec Thierry Lamy sur un projet refusé par Septième Choc. Il m’a permis de rencontrer Sébastien Viozat. Ce dernier avait écrit un scénario accepté par Ankama, mais les dessinateurs qui avaient travaillé dessus n’avaient pas convaincu. On a tenté le coup ensemble… et ça a marché.
Je ne pense pas que CaféSalé ait joué un rôle dans la validation du projet. La facilité résidait juste dans le fait que Sébastien avait déjà édité Ma Vie de Zombie chez Ankama avec RaphB au dessin. Ankama le connaissait donc et prenait la peine de l’écouter et de suivre ses projets.
Par contre CaféSalé m’a permis pendant plusieurs années de progresser, grâce aux avis des internautes, je leur en serai toujours reconnaissant. J’essaye d’y participer le plus possible malgré le manque de temps.

- On peut voir sur ton site un certain nombre de projets refusés, penses-tu avec le recul qu’il manquait réellement quelque chose à ces projets ou c’est une question de timing ou de relations ?

Tout d’abord dessiner est une passion, le refus des projets ne m’a jamais dégoûté, ne m’a jamais poussé à arrêter le dessin. L’édition n’est pas une finalité même si ça représente une étape importante, ça montre qu’on a progressé et qu’on a acquis un niveau acceptable. Mon plus grand plaisir c’est de progresser…

J’ai beaucoup travaillé avec un ami journaliste : Jean Abbiateci, il m’a écrit de nombreuses nouvelles, et on a travaillé sur certaines histoires comme Ultima Thulé. Nous étions jeunes, nous apprenions le métier, les projets ont été refusés et c’est légitime…

Ma plus grosses déception, c’est le projet Rituel avec Nicolas Jarry, non pas parce que le projet a été refusé mais parce que j’ai apprécié bosser avec Nicolas, c’était super et j’espère retravailler avec lui un jour. Le projet a d’ailleurs été édité avec Kan-J au dessin : Blackwood chez Soleil.

Ensuite le projet Beowulf (avec Aimeric Vacher au scénario) représentait un tournant dans ma technique d’encrage, le trait n’était pas encore affirmé, je testais… Et malchance, on a su après que le projet Beowulf était développé chez un éditeur. C’est là que CaféSalé m’a permis d’évoluer.

Donc, avec le recul, il semble normal que les projets aient été refusés.

Il faut juste partir du principe, surtout quand on est autodidacte, sans entrée, sans piston, inconnu de tous, que de nombreux projets seront refusés avant l’édition, si édition il y a.

- Quand ton style est commenté, principalement sur Café Salé, on prend souvent en référence Mignola et Risso, principalement pour ta maitrise du N&B. Est-ce que ces auteurs sont des références pour toi ?

Mignola est une référence, il a bouleversé ma vision du noir et blanc quand Hellboy est arrivé en France. Il a une vision tellement juste et si compliquée à produire.
Donc quand on me dit que ça fait “Mignola”, je suis content tant que ce n’est pas une copie ! J’espère apporter ma patte quand même !
Quant à Risso, je dois avouer que je ne le connaissais pas avant que l’on m’en parle sur le forum.

(cliquez pour agrandir)

- Quand on arrive sur un scénario de pirates comme Tortuga, comment appréhende-t-on les recherches, comment constitue-t-on un univers visuel qui soit crédible et qui serve l’histoire ?

En fait les choses se sont faites naturellement, on n’a pas présenté un dossier conventionnel. Sébastien m’a proposé le projet, la piraterie m’a toujours attiré, alors j’ai fait quelques illustrations et Ankama était intéressé. J’ai poursuivi avec des études de persos et bateaux, là encore l’éditeur était satisfait. J’ai donc fait les premières planches et on a signé. En fin de compte ça fait un dossier complet, mais on n’a pas perdu de temps car on était en discussion permanente avec Ankama.
Après je ne me pose pas trop de questions, je fais les recherches en fonction des scènes et Sébastien m’envoie beaucoup de documentation… J’espère que le final sera crédible.

- Quel a été ta relation avec Sebastien, le scénariste, est-ce que c’est très précis ou as-tu une marge de manœuvre ?
Pour le travail avec Sébastien, c’est vraiment une étroite collaboration. Il m’envoie un découpage scène par scène, planche par planche avec les dialogue par case. J’en fais un storyboard, là on discute beaucoup par internet (car il habite à Nantes), on se rend parfois compte que le découpage “scénaristique” n’est pas performant et qu’il faut ajuster, mais c’est rare, Sébastien a une très bonne vision du découpage. Une fois le storyboard fixé j’attaque le crayonné.
Notre relation est saine et honnête car on se dit tout, et on n’hésite pas à changer suite aux remarques de chacun.

Page 4 de Tortuga, du story-board au crayonné (cliquez pour agrandir)

- N’étant pas le premier dessinateur à t’essayer à ce scénario, est-ce que tu as pris connaissance des essais précédents ou est-ce que tu as voulu partir totalement de zéro ?

Non, je suis parti de zéro. J’ai découvert les travaux des autres dessinateurs il y a peu.

- Où est-ce que tu en es de l’élaboration de l’album ? Est-ce qu’il y a eu des cases ou des planches qui ont été des challenges ?

Nous en sommes à 53 planches noir et blanc sur 94 et 30 planches couleurs.
Bien sûr, il y a toujours des cases sur lesquelles on bloque, et parfois ce ne sont pas celles auxquelles on pense de prime abord.
Mais quand même, les cases avec les bateaux (surtout que sur les bateaux espagnols il a fallu intégrer des éléments de machinerie qui n’existaient pas à cette époque) m’ont demandé plus de réflexion et d’huile de coude.
Sur la fin de l’album il y aura beaucoup de mouvement et de baston, là aussi il va falloir être créatif, mais j’adore ça, me frotter à un nouveau challenge.

- Comment se passe la relation avec Virginie Blancher, la coloriste ? Tu visualises déjà des palettes de couleurs ou est-ce qu’elle fait plusieurs essais que tu valides ?

Notre relation est très saine aussi, et très professionnelle.
Nous cherchions un coloriste qui puisse créer une ambiance sans “bouffer” le noir et blanc. Nous avons donc lancé un appel sur différents forums avec un cahier des charges simple : des couleurs en aplats avec une gamme harmonieuse. Virginie nous a envoyé directement ses essais et nous avons été conquis, elle avait tout compris du premier coup.
Je tiens d’ailleurs à remercier toutes les personnes qui ont fait des essais… l’engouement nous a fait plaisir.
Maintenant, lorsque les planches noir et blanc sont validées par Ankama, je les lui envoie avec quelques suggestions pour l’ambiance générale. Une fois sont travail terminé, on parle des différentes retouches nécessaires. Elle est à l’écoute comme Sébastien et moi sommes à l’écoute de chacun. Ce travail à trois est très constructif car nous nous comprenons et nous communiquons.
J’espère travailler longtemps avec elle.

Page 4 de Tortuga, de l'encrage à la colorisation (cliquez pour agrandir)

- Tortuga, one-shot ou éventuelle série ?

Ahah ! A voir avec Ankama. Normalement il y aura 2 tomes minimum, voire trois… tout ça reste à discuter.

- Enfin pour finir, quelles sont les trois dernières œuvres sur lesquelles tu as flashé (BD, Film, Musique, Théatre, etc. ) ?

En BD, Le Marquis d’Anaon (de Velhmann et Bonhomme), toute l’oeuvre de Matthieu Bonhomme (Le voyage d’Esteban et Messire Guillaume) et le Magasin Général de Loisel et Tripp.

En roman, la tétralogie des Rêveurs du regretté David Eddings. Je suis un fan inconditionnel de cet écrivain.

En musique, les trois albums d’Interpol, une valeur sûre.

Et pour finir en animation, Oban Star Racer.

Oui ça fait plus que trois…  ;-)

En tout cas merci pour ce moment, c’est nouveau pour moi. J’espère que Tortuga plaira aux lecteurs, j’ai du mal à me projeter et à imaginer le moment où la BD sera dans les bacs. J’ai trop le nez dedans pour penser à tout ça !
Je travaille encore comme je travaillais il y a dix ans, comme un amateur, à scotcher mes feuilles, à raturer et déchirer, à me salir les mains avec le crayon de papier, à m’endormir sur ma table lumineuse et à commander à la va-vite mes cartouches d’encre au dernier moment…

Au revoir et longue vie à Phylactères !

Auto-portrait en pirate d'Antoine, pour Phylactères.

Un grand merci à Antoine pour sa disponibilité et sa gentillesse, vous pouvez vous rendre sur son site pour consulter les premières planches de Tortuga, ainsi que je ter un coup d’oeil à ses anciens projets. Et comme moi, attendre avec impatience la sortie d’un album qui s’annonce très prometteur !

Retours : BLAST, moon et la bande-dessinée numérique.

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Quelques retour sur des sujets soulevés dans les derniers billets publiés :

- Manu Larcenet nous parle de BLAST sur le site de L’Express.

- Julien Falgas, fondateur de BD-en-Ligne et de Webcomics.fr a publié plusieurs billets sur l’avenir de la bande-dessinée numérique.

- Sébastien Célimon du Comptoir de la BD, a également publié plusieurs billets sur le sujet.

- Et pour finir, je vous engage à aller voir les nouvelles notes de moon, qui s’est essayer a des notes allant au delà des narration en diaporama “à la Balak” en essayant une histoire avec pub et en exploitant l’aspect participatif de la publication par blog.

Wormwood, Army@love, The Other Side & Batman : Year One

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Dans la foulée du Lille Comics Festival, j’ai acquis une belle cargaison de comics, voila donc une première fournée de critiques !

Wormwood (Deviant Edition 01) par Ben Templesmith (IDW Publishing)

worm

Illustration de couverture et de dos pour Wormwood Deviant Edition 01

Cette très belle édition, hardcover et vernis sélectif, de Wormwood regroupe les deux premières aventures d’un ver de terre occupant un cadavre, se présentant comme un gentleman ne supportant de se voir interrompre au milieu d’une pinte de stout par des entités inter-dimensionnelles et autres monstres peu avenants et se voyant donc, par la force des choses, obligé de sauver son lieu de résidence, notre monde.

Création totalement originale de Ben Templesmith, l’australien nous sert des histoires déjantée et absurdes, renforcée par un style graphique unique entre cartoon et horreur. On y croise des strippeuses gardiennes de vortex dimensionnel, un robot grincheux ou encore un détective fantôme. Un vrai plaisir pour déviants.

Army@love (tome 1) par Rick Veitch et Gary Erskine (DC/Vertigo)

Couverture du premier numéro d'Army@love

Couverture du premier numéro d'Army@love

On reste dans la déviance avec ce comics de 2007  traitant de la guerre en Afbaghistan, parallèle évident des diverses guerres des dernières années au Moyen-Orient menées par les USA.

J’ai découvert ce titre après la conférence au LCF de Gary Erskine, encreur de la série, ou il traitait des divers problèmes légaux  liés à la création des couvertures de la série, problèmes dus à leur nature subversive.

Et de fait, Army@love est une guerre subversive avec son unité MoMo (Motivation & Morale) qui organise des évènement pour les troupes, lance des campagnes de communication en s’appuyant sur les compétences de commerciaux de grande multinationales alimentaires, autorisent les téléphones portables personnels au sein même des combats ou encore organisent de grandes orgies entre soldats entre deux déploiements.

Clairement destiné à un public averti, le titre navigue entre critique féroce des politiques de guerre actuelle et de nombreuse intrigues “amoureuses” et politiques.

Rien que pour cette scène surréaliste d’un support aérien de missiles Air-Sol téléguidé par un solo de guitare, c’est un must. N’ayant lu que le premier tome, je ne saurais dire si l’histoire complète est une réussite, mais en tout cas il s’agit d’un titre à lire ne serait-ce pour son ton irrévérencieux.

The Other Side par Jason Aaron et Cameron Stewart (DC/Vertigo)

Illustration tirée de the Other Side

Illustration tirée de the Other Side

On change d’époque et de guerre pour The  Other Side, qui nous plonge en plein bourbier du Vietnam en 1967.

Le comics suit l’histoire parallèle du Pvt. Everette appelé pour servir dans les Marines  et de Vo Binh Dai, engagé volontaire dans les forces de résistance du Vietnam.

Chacun des jeunes hommes se retrouve confronté aux horreurs de la guerre, et leur santé mentale et leur moral en prend un sacré coup au fil des semaines et des mois passé sur le front. Le jeune Marine est hanté par les cadavres de soldats tombés sur le champ de bataille et son fusil qui se met a lui parler, et le jeune vietnamien est poussé par les esprits ancestraux de son pays.

The Other Side ne prend pas parti, Aaron raconte l’histoire parallèle de deux personnes qui finiront par se croiser, fatalement. Cette plongée dans la folie, qu’on rapprochera inévitablement d’Apocalypse Now est superbement mise en image par un Stewart inspiré, qui s’est rendu sur place pour ses recherches, et dont le journal de voyage nous est présenté en fin de volume avec quelques croquis et recherches. Superbe.

Batman : Year One par Frank Miller et David Mazzucchelli (DC)

Couverture de Batman : Year One

Couverture de Batman : Year One

On finit cette fournée de reviews par un chef d’oeuvre, ce que je considère comme étant l’essence même de Batman, le Year One écrit par Frank Miller & magnifiquement illustré par le trop rare Mazzucchelli.

Plus marquant encore que The Dark Knight Returns du même Miller, on plonge directement dans l’origine même du vigilante le plus célèbre de l’histoire des comics. Celui-ci est né dans un magazine nommé Detective Comics et c’est bien à ces sources du pulp, du policier, du roman noir que l’on retourne dans cet ouvrage.

Rythmé par les considérations du Lieutenant James Gordon, pas encore commissaire et de Bruce Wayne/Batman. Chacun apprivoisant Gotham City, ses voyous, sa corruption à leur manière, leur chemin se croisant sans cesse.

Planche extraite de Batman : Year One

Planche extraite de Batman : Year One

Le découpage et le trait de Mazzucchelli, tout en sobriété et en précision, font constamment mouche, installant cette ambiance 80′s lourde et poisseuse accentuée par la sublime recolorisation de Richmond Lewis, déjà coloriste original de la série, mais limité à l’époque de la sortie par les palettes disponible pour l’impression sur papier journal.

Cette réactualisation des origines de Batman servira d’ailleurs de base aux non moins excellent A Long Halloween et Dark Victory de Jeph Loeb et Tim Sale, et marquera l’histoire des comics d’une pierre blanche.

Un titre de légende.

Interview : moon

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Nombreux sont ceux à avoir suivi avec attention les expérimentations de Balak (1234) sur la bande-dessinée numérique, parmi ceux-là moon a cherché à aller plus loin que l’expérimentation et tente maintenant d’intégrer cette nouvelle dimension de l’art séquentiel sur internet au sein de son blog, “Bleuh, le blog gir- manly de moon“.

For Christo !

La dure tache de l'interviewer.

Comme moon est un gars qui en plus de réfléchir à la bande-dessinée numérique et d’en créer en ce sens, fait feu de tous bois sur différents blogs et sites, j’ai pensé qu’il serait le cobaye parfait pour mes techniques d’interrogation d’interview. Alors sans plus attendre, recueillons les propos de cet étrange bestiole, obsédée par le lait et le chocolat :

- Commençons par le commencement, qui es-tu d’abord ?

Je m’appelle moon et je viens de la Lune (ça te la coupe hein ?) pour analyser le comportement humain. J’aime dessiner des trucs et des bidules, écrire pour les autres (quand l’occasion se présente) et manger du chocolat.

Mais parce qu’il faut aussi une réponse un peu sérieuse, j’utilise ce pseudonyme depuis quelques années et j’ai trouvé logique de le conserver pour mes méfaits créatifs. Et je mange tout aussi sérieusement du chocolat.

- Et depuis cette descente sur Terre, tu as entrepris des études liées aux arts graphiques ?

Absolument pas. J’avais même lâché le dessin plus jeune pour me consacrer à la pétanque spatiale. Puis j’ai repris, doucement il y a quelques années et depuis, je n’arrête plus.

- Et comment est-ce que tu en es venu à publier tes travaux sur Internet ?

Extrait du blog "moon et motte"

Extrait du blog "moon et motte"

Si tu veux signifier par là publication de strips/BD, ça a débuté le jeudi 18 Décembre 2008 grâce à une blogueuse prénommée La Marmotte (moon & mottesur lequel on peut voir le premier essai de moon en BD Flash, ainsi qu’un autre de sa complice du moment) qui a accepté de monter un blog en duo.

Mais, artistiquement parlant, j’ai commencé bien avant sur internet en faisant des petits jeux. Bien aidé par le logiciel *bip* (pas légal en France, on va rien dire hein), je me suis pleinement consacré à l’écriture et la conception graphique et musicale. Le début de tout donc.

Oh, j’ai d’ailleurs un scoop, voici le site où on peut voir la toute première apparition de moon : Moonlite Game Studio.

Qui se douterait qu’il était destiné à autre chose que de la figuration pour logo ? Pas moi.

Logo Moonlite Game Studio

Logo Moonlite Game Studio

- Et donc, question technique, ca marche comment ? Crayons, ordinateur, tablette graphique ?

Un bureau, un ordinateur, 2 bras (les jambes n’étant pas indispensable une fois assis) ET, essentiel, un verre de lait, à côté.

Et même si je fais parfois quelques médiocres petits essais papier, j’avoue être un habitué du travail sur ordinateur et du verre de lait, à côté.

Je possède une tablette graphique (qu’on m’a amoureusement offert) mais je n’utilise actuellement que ma souris ; il faut sérieusement que j’essaye la tablette … celle-ci et celle de chocolat qu’il me reste.

- Tu fais partie de l’équipe éditoriale de Drôle de Capote, est-ce que tu peux nous expliquer comment est né le projet et comment tu l’as rejoint ?


Logo DDC

Le logo de Drôle de Capote.

Eric « Turalo » Dérian (qui si il continue, va finir par dédicacer en prison, - cf. l’affaire du Blog de Franquin), s’était « révolté » de propos tenus par la Ministre du Logement (à relire ici) et a eu cette judicieuse idée de parler autrement de l’usage du préservatif et des autres accessoires de prévention : “Capote is fun !” pour résumer.

J’ai adhéré dès le départ à l’idée. J’ai participé. Un peu. Beaucoup. J’ai couché. Aujourd’hui, je suis donc chargé de réceptionner et valider des idées, des propositions, et j’en écris pour d’autres quand je ne dessine pas moi-même.

L’objectif principal est et restera de faire passer ce simple message que la capote est ludique/amusante à utiliser. Un accessoire de plaisir tout simplement !

D’ailleurs, avis aux créateurs, je communique l’adresse : contact_at_droledecapote.fr

- Dans ton nouveau blog, tu t’es donc lancé dans des notes entièrement numériques, sur le modèle initié par Balak, est-ce que tu avais échangé avec lui avant de les créer ? Dans quelle mesure tu penses que ce format peut changer la “bande-dessinée numérique” ?

Ce n’est que récemment que j’ai écrit à Balak pour lui toucher 2, 3 mots. J’avais connaissance de ses réalisations qui ont été l’un des éléments déclencheurs de mes tentatives.

L’autre étant qu’actuellement, je ne suis absolument pas satisfait de l’offre numérique française. Donc avant de changer la BD numérique, il faudra déjà créer de la BD numérique simple d’accès et inédite ou exploitant intelligemment le support. Paf !

Personnellement, j’aimerais un jour arriver à proposer un contenu exploitant totalement le support numérique.

Et puis, on oppose parfois BD papier et BD numérique. Pourquoi ne pas simplement proposer des choses différentes et se délecter de la pertinence des deux supports ?

- Et donc avec “Bleuh…”, tu as des objectifs en tête, voire des revendications ?

Extrait Bleuh

Extrait de "Bleuh, le blog girly de moon"

J’ai l’objectif de me faire plaisir !

Pour les revendications, à part les conditions de rémunérations qui sont inexistantes, rien, ou alors le fait de pouvoir montrer ce que je fais, tout simplement.

- Y-at-il d’autres voies pour de la BD entièrement numérique selon toi, des champs encore inexplorés ?

Assurément. Mais l’essentiel est que toutes ces voies restent simples et intelligemment exploités. Et la créativité doit rester le maître mot. Il ne faut pas adapter pour adapter. Juste créer.

- Alors on me dit dans l’oreille qu’en plus de tout ça, tu publie également des strips avec un certain Mathieu Sicard sur LePost.fr ? C’est vrai ça ?

Oui, Sicard et moon, avec Mathieu Sicard, un bien talentueux garçon et pas mal beau gosse quand même ! Il se charge de décortiquer l’actu, propose ensuite de pertinentes et amusantes réflexions dessus et je mets en images.

Sicard & moon

Extrait de "Sicard et moon" sur LePost.fr

- Tu produits quand même énormément ! Est-ce que tu as d’autres projets dans ton chapeau pointu en ce moment ?

J’ai des projets, toujours et sur d’autres supports ! Mais on va attendre que ça avance pour en parler…

- As-tu des artistes qui t’influencent ou plus simplement que tu admires ?

Des influences … c’est le genre de question auquel je ne sais pas répondre.
Je dirais : de ce qu’il se passe, de la vie. Je me nourris du monde (rooh elle est énorme cette phrase hein ? ).

Quand à ceux que j’admire … j’ai le droit de me citer ?
Fatalement, je vais te donner les plus récents et pour lequel j’ai quand même un certain attachement.

Eric “Turalo” Derian, qui m’a pas mal bluffé avec Le Blog de Franquin (sur une jolie composition scénaristique du talentueux Piak). Il a fait un monstrueux travail pour réaliser les planches pour internet puis pour tout réadapter au format papier !

Mady ! Elle a un trait, un style, un ton si fluide, si joliment sincère qu’on fond dans ces notes !
Et, eut égard à son talent, je la remercie encore plus d’avoir accepté d’être indirectement présente sur Bleuh !

Et je citerais un autre Eric que j’appellerais Monsieur Viennot tant ses créations sont absolument remarquables. Il fait des jeux, il les fait bien ( entre autre « In Memorian » et eXperience 112 ).

Enfin, je citerais une dernière personne pour qui j’ai une tendresse particulière : Orbie. Elle est de ce charmant pays qu’on appelle le Canada (en Gaspésie, je précise sinon elle va me wizzer sur MSN). Elle dessine, teste, expérimente différentes techniques toujours avec une touchante sincérité ! C’est simplement magique. Allez voir car je n’aurais pas assez de qualificatifs pour elle.

Et même si ils font des choses bien différentes, ils ont cette sensibilité qui transparaît dans leurs réalisations. J’espère avoir un peu de ce talent un jour.

- Merci moon, pour conclure est-ce que tu pourrais nous dire quelles sont les trois œuvres (BD, cinéma, musique, littérature…) qui t’ont marqué récemment ?

Je vais faire simple, 3 BDs : Le blog de Franquin (Eric “Turalo” Derian & Piak, donc), L’île sans Sourire (Enrique Fernandez) & Bulle et Nacelle (Renaud Dillies).

***

Remercions une fois de plus moon pour ses réalisations et également pour ce tutorial à destination de ceux qui désireraient se lancer dans la création de bande-dessinée numérique et donner une autre dimension à leur blog-bd ou webcomics : c’est ici.

BLAST, The Walking Dead & Gordo

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BLAST t.1 : Grasse Carcasse par Manu Larcenet (Dargaud)

blast Encore une petite merveille de la part de Manu Larcenet. Déjà fan du Combat Ordinaire, Entremondes ou autres Aventures Rocambolesques, je me suis rué vers ce premier tome sur 5 de BLAST.

Larcenet nous livre ici l’un de ses meilleurs bouquins jusqu’à présent, que ce soit graphiquement avec de superbes planches entre lavis et ligne claire ou bien scénaristiquement, avec cette audition de son personnage Polza Mancini, tout en flashback.

Ambiance lourde, Larcenet prend néanmoins son temps, tout comme son personnage, pour raconter cette histoire dont on devine qu’elle ne finira pas bien, il se ménage des plages de silence, nous gratifie de pleines pages sublimes et ces fameuses phases de BLAST sont amenées avec un mélange étrange de tranquillité et de violence. 200 pages pour un premier tome magistral.

The Walking Dead – Book One par Robert Kirkman, Tony Moore, Charlie Adlard & Cliff Rathburn (Image Comics)

walkingdead_book1Premier tome VO des volumes reliés en hardcover, cet ouvrage regroupe les deux premiers arc narratifs de la série, ainsi qu’un épisode bonus, les couvertures de la série et quelques pages de sketches.

Le premier arc est dessiné par Tony Moore, le second par Charlie Adlard, qui est encore à ce jour le dessinateur de la série.

Excellente série présentant le destin de survivants à une épidémie de zombification au cœur des USA. Grosse, grosse mode du moment, les zombies sont ici le pretexte au drame se nouant entre les survivants et c’est là la force de Walking Dead et la maestria de Kirkman. Le changement de dessinateur à mi-parcours est un peu perturbant au premier abord, car le style de Moore est beaucoup plus cartoony, proche d’Humberto Ramos, que celui d’Adlard, plus brut, plus européen mais finalement le trait d’Adlard prend le dessus de part l’ambiance installée et collant parfaitement à l’histoire.

Un premier tome d’une série définitivement à suivre, car c’est bel et bien le but de Kirkman, de pouvoir suivre ses personnages, les traumatismes qu’il leur inflige, d’aller au delà du format court du film de zombie. Si la qualité est constante, il aura gagné un lecteur assidu !

Gordo, Un singe contre l’Amérique de Fabrice Colin et Fred Boot (L’Atalante)

gordo-couverture-L-1 Petit retour sur cette ouvrage sorti en 2008, dessiné par l’ami Fred Boot et scénarisé par le stakhanoviste Fabrice Colin.

Variation autour des fifties, le bouquin suit les aventures rocambolesques de Gordo, premier singe dans l’espace, coureur de jupon et crooner désabusé.

Il va croiser les plus grandes des stars : Elvis Presley, Lauren Bacall ou encore el leader du Rat Pack, Sinatra.

Mélange pulp entre absurde et polar noir, le graphisme de Fred Boot, très cinématographique contribue à l’humour développé au fil du scénario de Colin et nous donne envie d’une série régulière dans cet uchronie foutraque.

Fred nous livrera à nouveau une BD, peut-être plus sérieuse dans son thème mais toujours aussi jazzy, scénarisée par Léo Henry (Sequana avec Stéphane Perger, le recueil de nouvelles Yama Loka Terminus), en 2010 : Rainbow Mist, toujours chez l’Atalante.

En résumé, si votre crémier ne l’a plus en rayonnage, allez lui réclamer votre exemplaire de Gordo !

Lille Comics Festival

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Lille01

Gary Erskine au LCF 2009

Une première visite au Lille Comics Festival, pour la venue de Cameron Stewart, Ramon K. Perez et Karl Kerschl.

Un week-end bien rempli, peu de sommeil, un accès privilégié aux coulisses de l’évènement, des conférences peu fréquentées mais diablement intéressantes, voici un condensé rapide de mes impressions de ce Lille Comics Festival.

Je passe rapidement sur les dédicaces payantes de certains auteurs, dont j’avoue une certaine ignorance de la carrière qui m’ont un peu surpris, je retiens surtout l’extrême gentillesse de Gary Erskine, dédicaçant, en kilt,  avec enthousiasme et surtout, lors de la conférence qu’il donnait sur le travail autour de la série Army@Love que j’ai eu l’occasion de traduire pour le public, parlant avec un plaisir évident de son travail, des contraintes, joies et spécificités du métier d’encreur, des “censures” parfois rencontrées sur Army@Love, une mini-série décapante, commentaire social sur une certaine politique de guerre des Etats-Unis, dont je me suis procuré par la suite le premier tome.

Lille02

Stormtroopers à l'entrée du Festival

Une autre conférence très intéressante dont je fut également l’interprète, fut celle dédiée au webcomics, avec la présence de Ramon K. Perez (Kukuburi, Butternutsquash), Cameron Stewart (Sin Titulo), Karl Kerschl (The Abominable Charles-Christopher) et Mitch Breitweiser (The Futurists). La problématique évoquée fut bien différente de celles évoquées à l’heure actuelle en France, le webcomic étant pour ces auteurs professionnels, non pas un moyen de se faire remarquer et publier, car ce sont déjà des auteurs établis et reconnus, mais de partir sur des œuvres plus personnelles que celles que l’industrie du comics peut leur proposer à l’heure actuelle, de se frotter pour certains au challenge du scénario, d’avoir également tout contrôle sur le création et ne pas être soumis au contrôle d’un éditeur.

La question de la publication papier n’a pas du tout été écartée par ces auteurs, c’est même un but à atteindre, mais en passant par le biais de l’auto-édition afin de pouvoir également obtenir des gains plus substantiels et à terme, c’est en tout cas leur vœu pieux, pouvoir se défaire de travaux mainstream, voire de commande et se consacrer à 100% à leur créations et de pouvoir en vivre complétement.

Lille03

Votre serviteur, dimanche matin, au milieu d'une salle du Festival encore vide.

Beaucoup d’hypothèses ont également été lancées à propos de la future tablette d’Apple qui serait probablement, et ils comptent dessus, l’e-book parfait pour lire et diffuser du webcomics.

Les autres conférences faisaient la part belle aux éditeurs français de comics, que ce soit Wanga Comics, Kymera ou Merluche, leur permettant de présenter leur catalogues et leurs auteurs, Barry Kitson nous fit part de son parcours dans l’industrie du comics et de l’importance d’être bon au billard pour pouvoir publier dans 2000 A.D. et finalement Gerald Parel et Mitch Breitweiser firent démonstration de peinture numérique.

Ce fut donc un week-end éprouvant mais passionnant, quelques mentions spéciales à David Aja, un auteur adorable et avec qui j’ai beaucoup aimé partager quelques pauses clopes et autres Guinness malgré ma parfaite méconnaissance de son travail ainsi qu’aux organisateurs, tout particulièrement Jean-Louis, Julien et Marion.

Vous pouvez également retrouver un autre compte-rendu du festival sur le site Cable’s Chronicle et les différentes conférences ayant été filmées, elles devraient faire leur chemin sur la toile à un moment donné, je ne manquerais pas de vous en informer.

(Photos prises lors du LCF, tous droits réservés)

STACCK

La superbe dédicace conjointe de Ramon K. Perez, Cameron Stewart et Karl Kerschl, basée sur leurs webcomics respectifs.

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